Vers le sommet

Il faisait encore nuit, je guettais leur arrivée par la fenêtre de la cuisine à la lumière des quelques éclairages publics. Soudain j'entendais un son très discret de derbakeh, un pull était glissé dans l'instrument pour l'étouffer, c'était le signal de rassemblement, ils arrivèrent, je courais les rejoindre dans la rue et nous continuons à avancer et d'autres nous rejoignaient.

Toutes ces files convergeaient ensemble sur une grande place, une fois tous les groupes étaient présents, nous prenions la route tous ensemble, au début en silence, notre chemin se faufilait à travers les maisons, l'ascension commençait. Dès que nous avions dépassé les dernières maisons, le groupe entamait des chants, les mêmes chants répétés tous les ans depuis des générations, une grande dévotion, encore plus importante en cette période terrible.

Le groupe avançait doucement, tantôt à travers la forêt de pin parasol et tantôt par la route. Les voitures avançaient au ralenti; en ce jour les piétons étaient très nombreux.

Le petit-déjeuner était toujours pris au même endroit, à mi-chemin du sommet. Le ciel réfléchissait les premières lueurs de l'aube. Nous étions installés à travers cette forêt au pied de chapelle. Chacun de nous avait trouvé place sur un tronc d'arbre ou un petit rocher et nous déballions nos tartines de labné et nos gourdes.

Les aînés se levèrent et reprirent les chants, ce fut le signal pour reprendre la route vers le sommet.

Au lever du soleil, nous étions là-haut, au sommet de la montagne, au pied de ce cône dominé par la statue. Nous remplirent nos gourdes, nous prîmes cet escalier étroit, une file montait pendant qu'une autre descendait, en haut de l'escalier chacun prenait à peine quelques secondes pour réciter une prière ou glisser un papier à travers le grillage avant de retourner sur ses pas.

Une grande messe en plein air avec une vue à couper le souffle. Une vue de notre ville, de nos maisons où nos parents à peine réveillés en ce jour de fête.

Puis nous reprenions notre chemin, cette fois ci à plat, de sommet en sommet vers le grand terrain de rassemblement. Au fur et à mesure, les chants étaient remplacés par des chansons, le genre de chansons à rythmer les pas des marcheurs. Les joueurs de derbakeh tenaient fermement leurs instruments dans leurs coudes et avançaient aux rythmes de leurs percussions.

Arrivés à notre destination, chacun avait son rôle, je me chargeait de rassembler le bois pour le feu, d'autres étaient à la découpe des tomates, du persil ou de l'oignon ou bien à griller la viande ou le poulet.

Après le repas, et une petite sieste, c'était le temps de la danse, les files se formaient en intercalant les filles et les garçons, tous se tenaient par une main et cette file avançait et se faufilait à travers les arbres, les tas de sacs, ou ce qui restait du feu. Au bout de la file se mettait le meilleur danseur du groupe, appelé la tête de la danse, il tenait sa voisine de quelques doigts et dansait une danse plus énergique, pliant les genoux jusqu'à toucher le solde et sautillant en chantant fort.

Après le rangement et le ramassage de nos restes, nous reprenions la route, la descente était rapide, chacun rejoignait sa maison en rapportant à sa famille un cierge, un sachet d'encens et un autre sachet avec un coton imbibé d'huile.



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